Belle du seigneur

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Belle du Seigneur développe l'histoire, pour le moins déroutante, d'un jeune couple : les Deumes.

L'homme, Adrien est un petit fonctionnaire égocentrique qui évolue de manière grotesque dans le milieu très fermé des diplomates. De manière ironique, Albert Cohen a développé la fénéantise du personnage et les multiples tentatives de de cet homme de développer ses "relations". L'occasion pour l'auteur de dénoncer le ridicule du milieu de la diplomatie où l'unique but de chacun est de monter en grade. Parallèlement, la jeune épouse Ariane s'ennuie dans le rôle cloisonné de femme de bourgeois, se remémorant une jeunesse oubliée et tant regretté. Les nombreux changements d'Ariane ainsi que les longs passages traduisant ses pensées rendent le personnage surprenant et très paradoxal.

 

Durant une mission confiée à Adrien, par son patron, Solal commence pour Ariane et ce dernier, une folle passion. Solal est un homme pétrit d'idéal, de réussite sociale et de séduction. Il est aussi surprenant, amoureux de ses racines juives, et vivra dans l'exaltation avec Ariane, durant les premiers mois de leur idylle, puis dans un profond ennui dès l'installation du couple dans un hôtel.

 

Albert Cohen, écrivain suisse très influencé par ses origines juives nous livre un magnifique roman ou se mêlent philosophie et dérision. Il nous expose de manière poignante l'attachement de Solal pour son peuple juif persécuté, mais aussi le besoin de socialisation que ressent aujourd'hui chacun d'entre nous. Comme une soif irrépréhensible d'avoir des relations et des amis avec lesquels parader. Il dénonce la violence du monde et sa tendance destructrice, avec de nombreux rappels à la Seconde Guerre Mondiale qui se prépare. Mais surtout, Albert Cohen tente d'exprimer à travers ce livre toute la complexité d'une relation amoureuse, le besoin du risque, le manque de l'autre et l'ennui lorsque la passion se déroule dans un cadre uniquement propice à l'amour.

 

S'il reste intéressant, ce livre devient cependant rébarbatif par sa longueur, une écriture tortueuse et longue. Mais surtout de nombreux passages d'une vingtaine de page, sans points, sans paragraphes et même parfois sans virgules où l'auteur développe les pensées de ses personnages. Il devient alors très difficile de poursuivre le récit, parfois monotone, malgré tout l'attrait philosophique qu'il peut représenter.

 

Mon avis personnel reste donc en demi-teinte, entre l'émerveillement que peut provoquer un livre aussi audacieux et la difficulté, malgré ma passion pour les livres, à arriver au bout.

Un roman qui nécessite d'être bon lecteur, d'aimer les longues phrases et d'apprécier les récits sentimentaux couplés à une philosophie affective.

Laurane TRAVAGLI

 

Belle du Seigneur, Albert Cohen

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