Parlez leur de batailles, de rois et d'éléphants

Publié le par lire.et.dire.over-blog.com

Mathias Enard, lauréat de plusieurs prix grâce à son précédent roman Zone, s'est inspiré de la biographie de Michel Ange pour écrire Parlez leur de batailles, de rois et d'éléphants. Roman à travers lequel l'auteur s'est plu à imaginer le parcours de l'artiste dans la ville orientale de Constantinople. Mandaté par le Grand-Vizir pour proposer les plans d'un gigantesque pont, défi face auquel même le célèbre Léonard de Vinci a échoué, Michelangelo Buonarotti débarque ainsi à Constantinople en mai 1506.

 

 

L'intrigue de ce court récit oscille sans cesse entre fiction et réalité. En effet, Mathias Enard se plait à multiplier les allusions à l'œuvre bien réelle de son personnage tout en traduisant les lettres de Michel Ange à ses frères. Ainsi, bien qu'il ne reste que peu de traces de cette visite, le pont ébauché par le jeune architecte ayant été détruit par le tremblement de terre de 1509, le lecteur a l'impression d'éprouver les même sensations, les mêmes émotions que l'artiste.

 

Si l'auteur précise ses sources à la fin du roman, il nous indique aussi que « Pour le reste, on n'en sait rien ». Les rencontres, les amitiés nouées par Michel-Ange lors de son séjour se révèlent ainsi pure fiction, et pourtant, sa sexualité trouble en contradiction avec sa foi trouve ici une place naturelle. Le point fort du récit réside dans l'ambiguïté de sa relation avec le poète Messihi. En effet, celle ci, masquée par sa passion trompeuse pour une danseuse androgyne, nous laisse comme un goût d'inachevé lorsque Michel-Ange repart pour l'Europe, sans avoir pu s'avouer qu'il était tombé amoureux du poète dont les traits apparaîtront longtemps après sur le plafond de la chapelle Sixtine.

 

Parlez leur de batailles, de rois et d'éléphants, récit sensuel, poétique et nostalgique, me paraît un roman à conseiller à tous car il permet à la fois la découverte de l'exotisme de Constantinople et celle d'une brève période de la vie d'un immense artiste, le temps d'une (trop) courte évasion de cent cinquante pages. Rappelons que ce roman a remporté le prix Goncourt des lycéens 2010.

 

Emma Bayot.

 

Parlez leur de batailles, de rois et d'éléphants, Mathias Enard.

 

766px-Ivan_Constantinovich_Aivazovsky_-_Constantinople_-det.JPG

Commenter cet article